Lettre de la Havane

La Havane,
21 décembre 1989

Mon amour,

Le jour se lève à peine mais il fait déjà une chaleur étouffante, saturée d’humidité. La Havane est sublime, tu adorerais. Je me suis levée très tôt ce matin pour prendre le pouls de la ville. Il y règne cette ambiance de musique à trois temps que l’on trouve des Caraïbes à l’Océan indien, bien loin de nos mélodies binaires. C’est un déséquilibre permanent qui ne devient jamais une chute. La ville toute entière semble danser ce tempo-là.

Je suis allée prendre mon petit déjeuner à la Villa Paraiso, sur le port. En trempant mes lèvres dans le café bouillant j’ai pensé à toi et je m’en suis voulue. J’ai eu peur tu sais. Bien trop peur. Mais qu’est ce qu’il t’es passé par la tête ? Me demander moi, en mariage, au cours de ce repas de famille d’un dimanche somme toute banal. J’ai quitté la table et j’ai dévalé les marches de l’immeuble de Maman à toute vitesse. Enfin arrivée sur le trottoir de la rue Pernety, j’ai couru à vive allure, sans prendre en compte tes appels émanants de la fenêtre. Mais ça bien sûr, tu le sais déjà. Ce que tu ne sais pas, c’est qu’une fois l’angle de la rue passé, je me suis effondrée en larmes. 


Aurais-je du dire oui et te sauter dans les bras ? Sans doute. Maman aurait sorti du Champagne avec la tarte au citron de Léa, ça aurait été délicieux. Toujours est-il qu’une fois mes larmes séchées, j’ai hélé un taxi et j’ai foncé à Orly. Je pensais qu’en allant voir Georges, aux Ressources Humaines, il me trouverait un long courrier sur lequel il manquerait un stew. Malheureusement, tous étaient fidèles au poste. Sans regarder le tableau d’affichage, j’ai demandé au guichet un aller simple pour le premier vol Air France en partance d’Orly.

Rassure Maman s’il te plait. J’aurais du prendre le temps de vous appeler d’une cabine mais vous m’auriez empêchée de partir. Tu aurais trouvé milles raisons pour que je reste, des choses pragmatiques et rationnelles. Pourtant, tu le sais bien mon Amour, je n’ai que faire de la raison, mon coeur cogne plus fort. Plus encore depuis quelques semaines.

Les couleurs des maisons havanaises sont sublimes et je me promène dans la ville à bord de ces vieilles décapotables des années cinquante. Elles sont une source d’inspiration merveilleuse. Il me faut inexorablement trouver un prénom à ce petit morceau de toi qui grandit en moi. Pardonne-moi mon Amour, j’aurais du trouver le courage de te le dire à Paris.

Je t’embrasse,

Solène

PS: Madeleine pour une fille, Paul pour un garçon, qu’en dis tu ?

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